Théodore Arcand (1934-2005)

C'est avec tristesse que j’ai appris le décès de Théodore Arcand, que tout le monde appelait Ted. Au moment de la disparition de Jean-Paul II, Ted Arcand avait accordé plusieurs entrevues télévisées au cours desquelles il évoquait ses souvenirs du souverain pontife, qu’il avait bien connu. Au début des années 1970, il avait contribué à établir l'ambassade du Canada auprès du Saint-Siège, où il était retourné ensuite à titre d’ambassadeur en 1989.

Le nom de Ted Arcand est identifié aux événements de 1982 au Liban. Sa photo prise à Beyrouth dans son appartement démoli avait fait la une des journaux. Témoignant à ses funérailles, le 23 avril, en la basilique-cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, le sénateur Marcel Prud’homme a rappelé son courage. Il avait été le tout dernier ambassadeur étranger à fuir la guerre civile libanaise.

Le 12 avril, il m’avait accordé dans son appartement d’Ottawa un long entretien sur la période africaine de sa carrière diplomatique. Nous avons ainsi pu recueillir, en vue d’un livre à paraître, de précieux renseignements qui se seraient perdus si cette rencontre avait été le moindrement retardée. Il avait passé trois ans à Yaoundé (1962-1965) aux côtés du premier ambassadeur canadien au sud du Sahara, Fulgence Charpentier. Il fut son bras droit pour la mise sur pied de cinq de nos missions diplomatiques dans autant de pays d’accréditation (Cameroun, Gabon, Tchad, République centrafricaine, Congo-Brazzaville).

Cet homme d’idées et de conviction s’est montré sensible aux causes humanitaires, consacrant sa vie à défendre et protéger les intérêts des gens en difficulté. Leader dévoué, il était la tête dirigeante pour le Canada de l’Ordre de Malte, mouvement de bénévoles à l’échelle mondiale dans le secteur hospitalier. C’est en marge d’une activité de l'Ordre à Montréal qu’il a succombé à une crise cardiaque alors qu’il se préparait avec des pèlerins à faire son septième voyage au sanctuaire de Lourdes.

Ted Arcand était un cœur d’or, un être sensible, humble, cultivé, d’une intégrité intellectuelle hors du commun. C’était aussi un homme de foi. Polyglotte, il apprenait généralement à fond la langue des pays où il était en poste (Tchécoslovaquie, Danemark, Hongrie, Jordanie, Italie).

Toute sa vie fut un témoignage éloquent de service public, tant comme ambassadeur que comme chef du protocole au ministère des Affaires étrangères et à Rideau Hall. Il insufflait énergie, esprit et bonne humeur à tout ce qu’il entreprenait. Retraité, il vivait seul à Ottawa dans un appartement meublé d’objets d’art, dont une rare collection de tableaux réalisés par des femmes, Marcelle Maltais entre autres.

Il semblait inconsolable depuis la mort de Jennifer Ashmore, sa compagne de toujours qu'il avait rencontrée à l’Université McMaster en 1957. Il parlait d’elle avec tendresse, ainsi que de son fils Jean-Louis, de sa bru Francesca et de son unique petite-fille, Livia, dont la photo était bien en vue sur le piano du salon.

Le gouvernement canadien est redevable à ces diplomates d’envergure. Il nous tarde de faire mieux connaître les exploits de nos ambassadeurs, ces héros méconnus, que ce soit Fulgence Charpentier, Pierre Dupuy, Yvon Beaulne, Paul Tremblay, Ted Arcand ou Jean Chapdelaine, qui vient lui aussi de nous quitter. Par son soutien à autrui, Ted Arcand a apporté une contribution inestimable à la société. Et il l'a fait à sa manière, en s'investissant entièrement. La grandeur d’un homme à l’état pur. Au revoir, maître Arcand !

           François-Xavier Simard
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