Murray Maltais (1943–2008)

C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Murray Maltais le 1er janvier à 6 h 25. La région perd un as reporter, un éditorialiste de premier plan et un homme de lettres. Au fil des traitements et des chirurgies, il a porté sa croix. Il a succombé finalement au mal qui le rongeait, un cancer des os, maladie douloureuse qui pardonne rarement.

Il était mon petit-cousin, mais surtout mon ami. Il n’avait que 64 ans alors que les Maltais meurent généralement très âgés, y compris les parents de Murray. Il était fier de savoir que ma mère – bientôt centenaire – était la doyenne des Maltais.

Fils d’un propriétaire de magasin général à La Malbaie, il fait ses études au Séminaire de Québec où il obtient des prix littéraires. Il est messager à Expo 67 avant de terminer son bac à l’Université d’Ottawa.

Il s’intéressait à tout, y compris, bien entendu, la politique. Des cousins, des oncles et des grands-oncles étaient vivement intéressés par la chose publique, certains étant même devenus parlementaires.

La chaleur humaine de Murray et son rire fantastique vont me manquer terriblement. Je me souviens de ces heures où le temps volait, dont je me remémore l'intensité, inspiré par l'amitié qui, pour lui, était une sorte d'amour.

Au cours des derniers mois, il se plaisait à parler de souvenirs d’enfance dans Charlevoix, le long du grand fleuve. Des réminiscences qui, de la lointaine région outaouaise, revenaient tel un saumon au lieu qui l’a vu naître.

Il débute sa carrière de journaliste au quotidien Le Droit. Il y reste pendant trente ans. Il devient rapidement un as reporter avant de s’adonner à la critique théâtrale pendant les premières saisons du Théâtre français du CNA. Occasionnellement, on lui demande de faire de la critique d’œuvres musicales et même de films, le cinéma étant un art qu’il aimait par-dessus tout.

Par la plume, il a gagné le respect dont il jouissait dans la profession. Courageux, c’est surtout comme éditorialiste qu’il excellait. Ses textes étaient des modèles du genre. Il avait une langue d’écrivain, taillée au scalpel, et il était toujours à la recherche du mot juste. Il citait volontiers Boileau : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».

De 1968 à 2003, il travaille avec les éditorialistes Marcel Gingras, Jean Lévesque, Pierre Tremblay et Pierre Bergeron. Dans la salle des nouvelles, il côtoya bon nombre de journalistes de divers secteurs, dont Fulgence Charpentier, qu’il admirait profondément, et Gérard Lévesque en 1970, futur juriste.

Peu avant que Murray nous quitte, je lui rendais mes dernières visites au Centre Élisabeth-Bruyère. J’ai pu converser avec lui  et y voir son épouse Natalie ; sa sœur Michelle, certains de ses amis ou ex-collègues : Marcel Gingras, Gilles Dignard, Bernard Leclerc et Rhéal Sabourin.

Sa fenêtre, au 5e étage d’Élisabeth-Bruyère, donnait sur la cour où se trouve la chapelle des Sœurs de la Charité. Murray croyait profondément au Christ Jésus mais n’avait pas la foi en l'Église officielle.

À l’affût de tout, une caricature de Bado à l’appui, il aurait, en temps normal, vite proposé au Droit un éditorial sur le président Nicolas Sarkozy, divorcé deux fois, auquel il est néanmoins offert de devenir chanoine catholique et qui accepte ce titre juste avant de partir pour Luxor avec sa nouvelle amoureuse, Carla Bruni.

Même s’il s’inquiétait des politiques du Vatican, il se trouvait transporté d'espérance quand il méditait le message évangélique. Je l’ai cru lorsqu’il me dit que ce qu’il ressentait alors ressemblait à de la joie. Comme le dirait Pierre Bergeron, Murray a pris ce que les gens du Saguenay appellent affectueusement « le petit chemin ».

 

François-Xavier Simard