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Article écrit par Marie Desjardins, Revue L'Agora, Montréal, octobre 1996 Reproduit avec l'autorisation de Marie Desjardins

Pourquoi mentir ? J'ai connu François-Xavier Simard. Je l'ai croisé à quelques reprises dans certains dîners de la métropole.

Tout de suite, j'ai senti son coeur, j'ai aimé son sourire. François-Xavier Simard est un homme bon et son intelligence possède la rare vertu d'être humble. Ces êtres-là ne courent pas les rues : respectueux des autres (sans doute parce qu'ils le sont d'abord d'eux-mêmes), discrets mais non hypocrites, ils n'imposent pas leur pensée, même dans « certains dîners de la métropole », car ils savent bien que « l'essentiel est invisible pour les yeux » et que le vrai langage n'est pas celui de la raison ni celui de l'intimidation mais bien celui de la vérité de chacun.

Dans son premier roman, Milenka, François-Xavier Simard brosse le portrait d'un père dur, qui impose aux siens, au point de les terrifier, sa vision du monde. Persuadé d'avoir « raison », il use de sa principale arme - « Il n'y a pas de mais » - pour maintenir dans le « droit chemin » ce fils (unique de surcroît) qui cherche tout simplement à vivre. Éternel thème du conflit de générations (qui recouvre bien autre chose). Procès de la raison. Roman moral. Car l'être qui souffre le plus, à la fin (et donc depuis le début), ce n'est pas Paul, le fils étouffé, mais bien le père : jamais il ne renoncera à ses implacables théories, ni ne laissera son cœur s'attendrir jusqu'à ce qu'il comprenne, mais trop tard, à la lumière de l'enseignement de son propre fils devenu homme, que le chemin de la rigueur, de l'intolérance même, n'était vraisemblablement pas le chemin du vrai, celui qui conduit à la paix intérieure puisqu'il conduit à l'être. On est dans un roman de la comtesse de Ségur : les « bons » triomphent des « méchants ». Et aussi parce que Paul est amoureux de sa cousine comme le Paul des Malheurs était amoureux de sa cousine Sophie. Évidemment, tout occupé à interdire, à réprimander et à prêter à son fils toutes sortes d'intentions blâmables, le père ne s'aperçoit pas de ce qui se passe, en vérité, sous son toit. Ça se sent. Son roman est frais comme une aube au bord de la mer : rassurant comme une mère aimante dont il décrit avec une remarquable simplicité le « destin ». Amélie, la mère de Paul et l'épouse d'un être sévère, « se tenait au centre de son monde, orchestrant seule, sans qu'il n'y paraisse, la routine étouffante dans laquelle elle s'était enfermée [...]. Il était trop tard pour changer sa vie. Elle avait piétiné ses propres désirs, elle les avait refoulés au plus profond d'elle-même. Au nom de la pureté. Du sacrifice. Du devoir. Du salut éternel ».À l'encontre de toute cette « raison », qui domine la « pensée » des prétendus tenants du Haut Savoir, je crois depuis longtemps que, dans tous les labyrinthes de sa création, l'auteur ne parle que de lui-même. Ainsi, je n'ai pas pu lire Milenka sans penser à François-Xavier Simard. Je le sentais vivre, souffrir et se réchauffer de son enfance, se souvenir, être heureux, compatir pour sa mère, et, en reprenant lourdement le chemin de sa vie, avoir mal pour son père. Paul ou François-Xavier, petit garçon du Saguenay chaviré par la Nature pour la plus grande reconnaissance de son être pressé de devenir, d'être enfin, de connaître et de jouir de l'existence après avoir été contraint de marcher dans le chemin étroit et rude dont on lui enseignait, sans appel, qu'il était le sien. François-Xavier Simard m'a émue et je l'ai admiré dans les descriptions de sa propre naïveté. Homme de quinze ans, fragile et tendre, dur, voire cruel, car il abandonnera sa cousine, sa muse, son initiatrice pour aimer Milenka, tourmentée et provocante, sarcastique et douée, blessée - magnétique étrangère, et Femme d'Expérience, de celles qui effraient, exaltent et envoûtent - à vie - d'abord et avant tout parce qu'elles souffrent, les êtres sensibles et romantiques comme Paul l'était et l'est toujours. Résumer Milenka ne m'apparaît pas nécessaire. Ce qu'il faut, c'est le lire et se nourrir de sa fraîcheur un peu mélancolique, de son authenticité, de sa volonté : celle d'être vrai, de raconter en évitant de tomber dans le piège de la métaphore obscure pour satisfaire aux critères d'appréciateurs coincés, pédants mais influents. François-Xavier Simard se permet tout de même (mais c'est le talent qui veut ça) de dire en écrivant bien.François-Xavier Simard a le sens et le don du suspense. Il donne beaucoup dans cette œuvre et notamment l'envie de lire la prochaine sur laquelle je le souhaite en train de travailler. En plus, et cela ajoute à son texte, car le livre est également un objet, François-Xavier Simard a le bonheur de publier chez Vents d'Ouest, dont on ne peut que constater l'excellent travail : belle maquette, belle typographie, révision sérieuse. Je ne sais pas grand-chose, toutefois de l'exposition et de la promotion de Vents d'Ouest en librairie, mais j'imagine que, à l'instar des autres oeuvres canadiennes-françaises, Milenka est bien écrasée par les productions françaises ou les traductions qui rapportent, ou encore serrée comme une sardine dans une mauvaise boîte sur un rayon en fond de boutique dûment étiqueté : « Littérature québécoise ». Il s'agira par conséquent de demander Milenka au comptoir, de commander l'ouvrage le cas échéant après avoir précisé que François-Xavier Simard est un auteur « de chez nous », qu'il publie au Canada et qu'il n'en est pas à son premier ouvrage.


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François-Xavier Simard. © 2001- 2019 par François-Xavier Simard. Tous droits réservés.
Dernière modification: 2019-6-15